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jeudi 23 juillet 2015

La Perse à Paris... en 1878



Le pavillon du Shah de Perse à l'Exposition universelle de 1878 à Paris a de quoi surprendre, avec une architecture relativement singulière, qui ne nous fait pas penser immédiatement à une construction persane... et pourtant... je vous propose de lire le texte ci-dessous, afin d'éclairer nos lanternes.


L'attrait de la maison persane surtout est irrésistible, et la foule la prendrait sûrement d'assaut, au risque imminent de la faire crouler sous son poids, si on ne prenait la précaution de n'y laisser pénétrer qu'un petit nombre de personnes à tour de rôle.

La maison persane, modèle réduit d'une maison bourgeoise de Téhéran, est de forme carrée, d'une grande sobriété d'ornements extérieurs, peinte en vert avec bordures d'or. Elle est percée tout autour de nombreuses fenêtres surmontées d'œils-de-bœuf. Le portique de l'entrée principale se compose d'un péristyle à colonnes de pierres blanches dont les moulures du chapiteau sont rehaussées d'or.  Au premier étage, loggia ornée de colonnes semblables et d'une balustrade en bois, sculptée par des artistes persans, et venue telle quelle de la Perse. Au fronton est sculpté le lion  national. Le soubassement de la façade est décoré de faïence persane éclatante.

On pénètre d'abord dans un grand vestibule conduisant à un salon de repos meublé principalement de divans orientaux, et au centre duquel il existe un bassin d'où un jet d'eau s'élève, rafraîchissant l'air de celte pièce délicieuse, laquelle communique avec un petit salon de réunion. Jusqu'à hauteur d'appui, les parois de ce salon de repos et de méditation par excellence sont couvertes de tuiles émaillées aux couleurs vives; le reste des murs, ainsi que le plafond, est décoré de peintures aux tons doux, où l'œil aussi se repose. On arrive au premier étage par un escalier étroit, suivant la mode persane.
A l'entrée, salon d'attente décoré de faïences, donnant accès dans le déjà fameux salon des glaces. C'est une pièce de moyenne étendue, légèrement voûtée; la décoration céramique du soubassement est la seule exception à la profusion de glaces qui couvre les parois de cette pièce étrange : la voûte, à elle seule, est recouverte de plus d'un million de fragments de glace enchâssés les uns dans les autres, disposés avec une bizarrerie apparente, mais de manière à produire toutes les variétés imaginables du phénomène de la réflexion; et l'effet est d'autant plus féérique que les fenêtres ont des vitraux colorés. Cinq lustres, entièrement faits de glace aussi, pendent de la voûte ; et l'on peut se faire une idée de l'étourdissant feu d'artifice que présente celle pièce, la nuit tombée, lorsqu'on a allumé les cinq lustres en question.



C'est peut-être un peu éblouissant pour des yeux plus habitués aux brumes discrètes de l'Occident, et sans doute on n'y tiendrait pas longtemps et l'on ne tarderait guère à rechercher avidement une aimable et moins tapageuse retraite : on la trouverait là, tout à côté, dans un salon simplement décoré de peintures peu éclatantes, meublé avec un luxe discret et caractéristique. - Mais la vérité est que le visiteur passe à côté presque avec indifférence, comme il a traversé les pièces du rez-de-chaussée, tandis que le merveilleux salon des glaces le subjugue absolument.


mercredi 8 avril 2015

Le Palais de l'Iran à l'Exposition universelle et internationale de 1935 à Bruxelles

Le Palais de l'Iran s'élevait dans un coin charmant de l'Exposition, au centre du jardin des dahlias, près du Hall International, et des pavillon de la Palestine et de l'Egypte, complétant avec eux une synthèse de l'Orient légendaire et moderne à la fois. Cet édifice s'inspirait d'un des monuments les plus célèbres de l'antiquité : le palais de Darius à Persépolis. Au haut d'un large perron, des colonnes portaient un sobre péristyle, décoré de lions ailés à face humaine. M. Frankignoul, l'architecte chargé de la construction de ce palais, en étudia les plans dans nos musées; il eut pour collaborateur M. René Burgraeve.


Palais de l'Iran - Arch. M. Frankignoul.

Dès l'entrée on était saisi par une atmosphère d'art et de luxe délicats; aux murs et sur le sol, des tapis, répliques des tapis de Perse les plus justement fameux. Parmi eux, une copie du tableau « la Chasse », une des merveilles orientales du Musée du Louvre. Les visiteurs admiraient la finesse, le fondu, le velouté de ces tissus d'une étonnante finesse; l'un, de pure soie, était la merveille de cette section.
Le Département de l'Industrie, en ces dernières années, a multiplié en Iran les écoles professionnelles où l'on enseigne l'art de reproduire les anciens tapis persans.

On voyait aussi dans ce pavillon des argenteries fines de Chiraz et d'Ispahan : vases, coupes, bibelots, ciselés à la main avec un art minutieux; les mêmes qualités distinguaient les cuivres repoussés, très nombreux et très beaux. Les artisans iraniens ont repris en effet, les traditions des vieux graveurs orientaux. D'immenses plateaux de cuivre évoquaient les grands poètes persans, les anciens rois de l'Iran; puis, c'étaient des scènes de chasse, des reproductions de tableaux célèbres, de tapisseries. Des artistes avaient peint des fleurs, des animaux, des visages hiératiques sur de légers candélabres et des chandeliers de bois. D'autres avaient combiné la peinture et la dorure pour créer de splendides couvertures de livres ou d'albums, des reliures du goût le plus raffiné. D'autres encore, travaillant l'os et l'ivoire avec une perfection héritée de longues générations d'artistes, en avaient fait des ceintures, des bracelets, des objets illustrés de miniatures.

Salle intérieure du Palais de l'Iran.


Les soies et les cotons imprimés, les tentures, les rideaux, les broderies d'Ispahan et de Recht, les tapis, le style du pavillon, la claire décoration des murailles, tout concourait à donner à la section persane, l'aspect d'un palais des Mille et une Nuits. Mais, d'autre part, on pouvait constater, en étudiant avec l'attention que méritait chacun d'eux, les compartiments occupés par les industries principales de l'Iran d'aujourd'hui : fruits secs, laines d'Astrakan, coton, peaux, etc., que ce pays très ancien, marche d'un pas résolu dans la voie du progrès.

Tel fut l'avis de tous les visiteurs et celui de S. M. le Roi Léopold III, qui aux derniers jours de juillet 1935, s'arrêta longuement au Pavillon de la Perse.

Le pavillon fut inauguré le 10 juillet 1935 par M. Gaffary, ministre de Perse à Bruxelles, et M. Ismailzade, commissaire général, qui reçurent sous le péristyle M. Van Isacker, ministre des Affaires Economiques, M. le comte van der Burch, MM. Ad. Max et Ch. Fonck. Un grand nombre de personnalités iraniennes et belges assistaient à la cérémonie.

M. Ismailzade insista sur la volonté de progrès de la Perse moderne. Il montra combien les relations belgo-persanes s'étaient multipliées et rappela que la réorganisation des douanes et des postes de l'Iran était l’œuvre de fonctionnaires belges. 

Lettre rédigée par Hassan Ismailzade, commissaire général du pavillon de l'Iran.