lundi 13 octobre 2014

Le Pavillon de Monaco, à l'Exposition universelle de 1889 à Paris

Je vous propose une petite visite du pavillon monégasque, avec les commentaires d'époque...
Il se trouvait à proximité de la Tour Eiffel, plus précisément au coin du Palais des Beaux-Arts et devant le pavillon des Pastellistes Français, dans la partie Est du Champ de Mars, côté Avenue de la Bourdonnais.

Nous aurons l'occasion de revenir sur ce pavillon de Monaco prochainement, pour une visite un peu plus poussée, et d'autres documents iconographiques... en espérant exhumer, quelques photos intérieures... qui sont toujours beaucoup plus rares.
En attendant, bonne visite !


Ah ! Le gracieux petit palais que ce pavillon de Monaco et comme il méritait bien la place à part qui lui avait été faite près du Palais des Beaux-Arts, et l'engouement tout particulier du public ! Par exemple, ne nous demandez pas de vous en définir l'architecture, de vous en présenter le style :  la fantaisie seule présida à cette composition, menée par le souci de faire quelque chose qui participât à la fois du français et de l'italien, comme la Principauté elle-même, sans rien aliéner de l'esprit d'indépendance qui fait le fond du caractère monégasque. D'époque précise, pas davantage... Au fait, nous devons nous tromper. C'est le comble du modernisme, voire même de fin de siècle que de composer en jouant des coudes à travers les styles et les époques, en prenant son bien où on le trouve et le beau partout où il fleurit. Si nous jugeons des résultats qu'on peut y obtenir par le succès qui valut à l'architecte M. Ernest Fauty, la composition du pavillon de Monaco, nous n'aurons qu'à nous incliner, charmés – et nous nous inclinons.

Nous nous revoyons encore arrivant au pavillon, accueillis par les statues rêvant près des fontaines, dans l'ombre des palmiers, des eucalyptus et des oliviers, parmi les senteurs voluptueuses des orangers et des roses. Comme cet accueil vous disposait à trouver tout aimable, à tout admirer. Et, de fait, on s'extasiait, sans avoir à y mettre la moindre condescendance.


Le pavillon se composait d'un grand hall avec quatre pavillons carrés aux angles. Comme entrée principale, une loggia en portique. Les quatre façades décorées en faïences monégasques formant frises, ces faïences dont nous retrouverons, à l'intérieur, des échantillons remarquables par la vivacité de leurs couleurs et le dessin de leurs ornementations, et témoignent d'un effort réel dans la voie artistique.

L'intérieur du hall comprenait une grande nef avec bas-côtés séparés d'elle par des colonnes et doucement éclairés par des baies à vitraux. A droite de l'entrée, le portrait du prince héritier de Monaco ; au fond de la nef, émergeant des fleurs d'une serre, le buste en marbre du prince Charles III, placé là comme chez lui, au pays des roses...


Chose bizarre ! Cette terre privilégiée, gâtée par le soleil, bercée par les bruits de la mer, abrités des vents par la montagne ; cette terre où tout est motif à rêverie, où tout invite au farniente nous envoya une exposition presque uniquement composée de produits industriels. Ce n'est pas les artistes qui manquent dans la Principauté, mais ils sont français ou italiens ; Monaco se contente de leur fournir le soleil et les enchantement des sites. Signalons pourtant – car elles le méritent – deux œuvres artistiques remarquées au pavillon monégasque : un buste, de M. Stecchi, et une vierge, de M. Cordier, cette dernière sculptée pour la cathédrale de Monaco.

Après avoir donné un coup d'œil aux produits industriels : les faïences – dont nous avons déjà parlé – la parfumerie, la marqueterie, les chapeaux de paille et des paniers brodés si connus, on s'arrêtait avec un intérêt des plus vifs, devant l'exposition des travaux du prince héritier, exposition qui, d'ailleurs, occupait la moité de la place totale et constituait le seul attrait sérieux de l'intérieur du pavillon.


Le prince héritier – aujourd'hui régnant – fut et est resté sans doute un amant passionné de la mer en même temps qu'un savant affamé de découvertes. Tous les ans, il s'embarquait sur son yacht et passait les mois d'été à étudier le fond de l'océan. Ce sont les résultats de ces études, de véritables chasses à l'inconnu, qui nous furent exhibés au pavillon monégasque. D'abord, des photographies prises par le prince au cours de ses voyages et indiquant ses travaux ; puis, dans des bocaux, les animaux cueillis au fond de la mer ou entre les rochers : des crabes nains et des crevettes géantes, des chenilles, un porc-épic et des araignées de mer, un poisson-chien, une façon de sirène à tête de dogue, des polypes enfin, la plupart inconnus – et à côté de ces trouvailles ; comme le fusil près du gibier rapporté, l'appareil inventé par le prince pour sonder le fond de la mer, jusqu'à une profondeur de trois kilomètres, et en ramener les algues et leurs habitants.

Un autre travail à l'exécution duquel les goûts scientifiques du prince héritier ne furent sans doute pas étrangers, ce sont des reproductions de sceaux anciens exposés par M. Saige, archiviste de la Principauté, un savant doublé d'un littérateur de talent.

En somme, à part les travaux maritimes, du prince héritier, peu de choses à vois dans le pavillon monégasque et absence presque complète d'œuvres d'art. Eh bien ! Si peu que cela fût, nous nous étonnions encore de l'y trouver : c'est surtout aux pays de soleil qu'il est doux de ne rien faire, et parmi ces pays, nous n'en savons pas qui offrent plus de circonstances atténuantes à la mollesse que cette Principauté enchantée.

Monod, Paris 1889

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